« Si l’on décide de se détourner de l’aspect industriel que la sidérurgie actuelle a dépouillé de son aspect céleste (sidéros, en grec) pour porter son attention sur l’aspect artisanal et universel de la métallurgie,
on en ressent immanquablement l’exigence précieuse et sacrée.

Pourtant.

Quoi de plus banal qu’un bas fourneau : simple cheminée élevée en terre, briques ou en pierres, ses dimensions à échelle humaine, se situant entre un ou deux mètres de haut,
ne lui confèrent aucune prestance esthétique digne d’admiration.
Quoi de plus banal aussi qu’un minerai de fer : pierre parmi les autres que l’on foule le plus souvent, ou que l’on utilise en fondations et remblais, inconscient de l’âme qui y sommeille.

Mais pourtant.

Qui peut prétendre rester indifférent en présence du déroulement alchimique d’une réduction de minerai de fer. Et à fortiori quel Féron® peut prétendre ne pas avoir été happé et bouleversé
par sa fonction d’alchimiste accoucheur ?
Depuis la nuit des temps, et en tous lieux du monde, l’homme chargé de la réduction du minerai de fer occupe une place particulière au sein de la société. Demi-dieu qui rivalise avec les dieux en fabricant les outils.
Démon à part entière en fabricant les armes. Crainte et respect mêlés sont l’insigne d’un homme
dont la société exige et reconnaît conscience et sagesse.

Où est le Féron® aujourd’hui ?

En parcellisant les tâches, l’industrie sidérurgique a dépouillé les hommes de leur capacité à maîtriser un processus. Vidant les gestes de leur objectif et de leur sens, elle a doucement habitués ses ouvriers à accomplir des gestes dé-conscientisés, désengagés. Moyen puissant de potentielle et subtile manipulation.
Le bas fourneau est un outil d’artisan. Homme responsable de la couleur de la conscience qu’il insuffle au métal. Travail en conscience. Donneur d’âme.
Choisissant seul de revêtir son personnage demi-dieu ou sa peau de démon. »)

Mayn Séry